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Jimmy Delalin

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Jimmy Delalin

Jimmy Delalin, prêtre et pilote de la Côte-Nord

Texte Jean-Pierre Bonin, Photos Jimmy Delalin

 

Labbé Jimmy Delalin, missionnaire sur la Côte-Nord

J’espérais avoir un scoop mais voilà… un pilote qui évolue sur la Côte-Nord il n’y en a pas des masses et prêtre en plus alors là… ça tient du « personnage » attirant l’attention. Un article dans le Trait d’Union du Nord par Guillaume rosier en 2015 (Primé par l’AMECQ en 2016) et une entrevue récente sur la radio de Radio-Canada Côte-Nord par Guillaume Hubermont (émission Boréale 138) et me voilà avec mon envie d’en savoir un peu plus.

Il se nomme Jimmy Delalin (prononcer comme ça s’écrit). Dans la cinquantaine, né dans le « nord de la France » au pays des Ch’timis, à peu près à la même latitude que Port-Cartier, une ville elle aussi industrielle. Il travaille d’abord dans le milieu du commerce international pendant une dizaine d’années puis il change de cap et entre au séminaire. Il veut devenir prêtre et même être prêtre missionnaire ! Il vient au Québec début des années 2000 et  rencontre par hasard l’Évêque de Baie-Comeau. Ce dernier l’invite à venir œuvrer au Québec mais il faudra sept ans avant que l’abbé Delalin dise oui pour être missionnaire et qu’il choisisse le Québec et la Côte-Nord. Jusque-là rien de bien spécial sinon ce profil spécial de prêtre missionnaire que l’on retrouve dans plusieurs paroisses plus ou moins « éloignées » au Québec où les vocations sacerdotales sont pratiquement inexistantes. Le territoire est vaste et le diocèse couvre de Sacré-Coeur sur le Saguenay à Blanc-Sablon en Basse Côte-Nord (et tout ce qui est au nord de cette ligne) ainsi qu’Anticosti. Quinze prêtres se partagent cette zone immense, tous missionnaires. « C’est un peu Montréal » me dit-il passant en revue la provenance de ses collègues avec entre autres, un Polonais, un Camerounais, un Français, un Nigérian, un Malgache, un Congolais/Brazzaville….

L’abbé Delalin passe la moitié de son temps à Baie-Comeau comme formateur théologien  au service de ce diocèse et est curé de 4 paroisses à Chute-aux-Outardes, Pointe-aux-Outardes, Les Buissons et… Fermont. Il s’occupe de la formation des diacres permanents, de la pastorale jeunesse et vocationnelle sur tout le territoire du diocèse. Curieux quand même qu’à Fermont, une certaine quantité de travailleurs soient des « fly in / fly out » alors que lui-même est un curé… in / out ! Fermont est une communauté isolée composée surtout de travailleurs entre 20 et 40 ans dont plusieurs proviennent de tous les coins du monde. La mission du prêtre sur un territoire de 90 000 habitants dispersés sur 1250 km, le long du fleuve surtout, ne peut être similaire à un prêtre de paroisse traditionnelle. L’abbé Delalin comme ses collègues, se déplace beaucoup. Il est appelé à vivre avec les gens chez qui il porte un témoignage d’humanité, de foi et de spiritualité.

Jimmy Delalin, pilote sur la Côte-Nord

Vous vous dites comme moi qu’avec ces distances voici le lien avec l’aviation… Mais vous qui êtes pilotes, vous savez bien que dans ce domaine on peut savoir quand on part, mais jamais quand on revient! Et Miss Météo est d’humeur changeante sur cet immense territoire et il y a beaucoup de vents de travers, de la brume, etc. Avec une charge pastorale aussi grande, c’est par voie terrestre et seulement parfois aérienne  que se font ses déplacements y compris vers Fermont qu’il visite une fois aux 4 ou 5 semaines.

Son premier vol en avion sera pour se rendre à New-York alors qu’il n’était qu’un gamin. La belle époque de DC-8, des repas complets servis et des passagers… fumeurs. La piqûre de l’aviation générale lui sera administrée par un pilote de brousse de Havre-Saint-Pierre qui l’amène pêcher au Lac en Travers près de la rivière Romaine. C’est alors qu’il se dit « Si un jour je reste au Canada, je ferai ma licence de pilote ». En fait il est tellement « resté au Canada », qu’il est maintenant devenu citoyen canadien !

Il débutera ses cours de pilotage à Sept-Îles et devra poursuivre à Saint-Honoré (pour cause de manque d’élèves pilotes à Sept-Îles). « Après tout à force de parler du ciel, il serait bon d’aller y jeter un coup d’œil » me dit-il avec une pointe d’humour. Comme plusieurs, il débutera ensuite en louant un avion mais les coûts sont importants et le rayon d’action limité. Il acquiert donc son avion, un Cessna 150 F. Depuis 2014, il aura accumulé 780 heures totales, volant en moyenne plus d’une centaine heures par an dans la région de la Côte-Nord et bien plus (récemment jusqu’à Gatineau CYND pour faire faire l’annuel de l’avion !)

Un vrai passionné, il bénéficie de l’entraide des membres de l’Association des pilotes de la Côte-Nord (Manicouagan). Il veut tout connaître de son avion et c’est monsieur Raymond Michaud qui le prendra sous son aile et lui montrera « tout » autant sur la mécanique de son 150 que sur le pilotage.

Jimmy Delalin est un boulimique d’apprentissage ainsi il me dit : « Il y a sans cesse une nouveauté, c’est sans cesse un premier vol ». En même temps, il prend le tout avec beaucoup d’humilité. On peut avoir des moments de « peur » mais il faut dépasser celle-ci. Il estime que c’est un privilège de voler.

Jimmy Delalin, bientôt « pilote de brousse »

Il arrive un moment où voler peut devenir « monotone », on y trouve moins de surprises et même un peu moins de plaisir. Notre pilote se sent mûr pour passer à une autre étape. Avec son coin de pays, il veut s’ouvrir à plus de territoire et à un autre champ d’expertise. Bientôt fini le temps du Cessna 150. Il estime qu’avec bientôt 800 heures, il a atteint une certaine maîtrise de son appareil et du vol, une certaine expertise de l’entretien mécanique et de la gestion de tout ce qui touche son avion. Il rêve d’un avion roue de queue monté sur pneus « Bush », sur flottes ou sur skis. Il se remet en mode expérimentation! Il volera bientôt en zone de « brousse ».

Jimmy Delalin, pilote-photographe

 

Avec l’aviation, il semble que lui et moi ayons une autre passion en commun : la photo. Avec en banque 38 000 photos, « vive le Cloud !» me dit-il. La nature, les visages et les vues aériennes comptent parmi ses sujets de prédilection. La photo l’accompagne tous les jours. Par l’entremise du viseur de sa caméra, la photo lui permet de « percevoir ce que l’œil ne voit pas d’abord ». Et j’ai tendance à être d’accord avec lui encore quand il ajoute que la photo est comme un « second regard, plus profond, plus méditatif ». Comme plusieurs photographes, il se dit très sensible à la lumière et celle-ci est très changeante sur la Côte-Nord. Il fait de la photo pour le plaisir et… il aime ça!

Laissons un peu de place justement pour « survoler » avec lui cette fabuleuse Côte-Nord.

 

Merci à Michael Aucoin, pilote de Baie-Comeau pour cette proposition de rencontre fort sympathique.

 

 

 


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