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Givrage d'un aéronef

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Givrage d'un aéronef

Givrage d’aéronef pour l’aviation générale…et bien plus

Un texte adapté d’une publication publié originalement dans la revue Sécurité Aviation Nouvelles, édition 3/2005. Paul A. Johnson, inspecteur de la sécurité de l’aviation civile, Examens destinés à l’équipage de conduite, Aviation générale, Aviation civile, Transports Canada

 Il suffit d’une très petite quantité de rugosité, causée par une couche de glace, de neige ou de givre d’une épaisseur aussi faible que 0,40 mm (1/64 po), pour perturber l’écoulement de l’air sur les surfaces portantes et les gouvernes d’un aéronef. Les conséquences de cette rugosité peuvent être une grave perte de portance, une augmentation de la traînée et des difficultés de manoeuvre, particulièrement pendant les phases de décollage et de montée initiale du vol. La glace peut également empêcher le mouvement des gouvernes ou augmenter significativement la masse de l’appareil, sans compter qu’elle risque d’obstruer des sondes essentielles au pilotage.

La présence de glace doit toujours être prise au sérieux, quelle que soit la quantité en cause.

Les aéronefs qui utilisent des aéroports régionaux plus petits sont généralement dégivrés par le personnel de la compagnie aérienne ou, dans certains cas, par le pilote de l’appareil à l’aide d’un pulvérisateur sous pression qui contient un liquide de dégivrage approuvé. Il faut dégivrer les aéronefs peu de temps avant le décollage. Lorsqu’ils utilisent des aéronefs dans des conditions givrantes à des emplacements éloignés, ce sont les utilisateurs qui ont la responsabilité de transporter le matériel d’antigivrage et de dégivrage approprié à bord des aéronefs ou d’entreposer ce matériel à l’aéroport. Lorsque les conditions sont trop mauvaises, les pilotes ne doivent pas tenter de décoller.

Dans toutes les opérations aériennes, c’est le commandant de bord qui a l’ultime responsabilité de déterminer si l’aéronef est en état de voler en sécurité.

Les procédures de dégivrage et d’antigivrage au sol varient grandement en fonction du type d’aéronef, du genre de contamination et de la sorte de liquide cryoscopique ou de dégivrage et d’antigivrage utilisé. Les pilotes devraient bien connaître le Règlement de l’aviation canadien (RAC) et les normes qui s’y rattachent, les procédures recommandées par le constructeur de l’aéronef dans le manuel d’utilisation, dans le manuel de vol, dans le manuel de maintenance et, le cas échéant, dans le manuel de service de l’aéronef. Les pilotes devraient aussi se conformer aux dispositions des manuels d’exploitation des entreprises.

Liquides approuvés — Une liste des liquides de dégivrage et d’antigivrage approuvés se trouve dans le Guide de Transports Canada sur les durées d’efficacité qui peut être consulté à partir du site Web du Ministère. Pour obtenir des durées d’efficacité fiables, seuls les produits approuvés, entreposés, préparés et appliqués selon les instructions du fabricant sont acceptables. Les liquides approuvés ont été testés en laboratoire afin de quantifier la protection qu’ils offrent et de s’assurer qu’ils sont acceptables sur le plan aérodynamique.

Méthodes manuelles — Le fait de diminuer la quantité de liquide de dégivrage utilisée peut avoir un effet positif tant au niveau de la réduction des coûts que de la protection de l’environnement. Il faut donc recourir le plus possible aux méthodes manuelles d’enlèvement de la neige, sans toutefois compromettre la sécurité. Il existe une grande variété de dispositifs pour faciliter l’enlèvement des contaminants gelés des aéronefs. Dans le choix de la méthode à utiliser, il faut tenir compte de facteurs comme la température, la quantité de contaminants, le vent et l’emplacement des contaminants.

Lorsque les températures sont extrêmement froides, l’utilisation de liquides à base de glycol est limitée (pour en savoir plus, consulter les spécifications du fabricant du liquide). En pareilles circonstances, les méthodes manuelles sont parfois la seule solution disponible.

Note : Lorsqu’on utilise des méthodes manuelles, il faut faire très attention de ne pas endommager les sondes et les antennes de navigation qui sont très sensibles et souvent très fragiles. Les éléments suivants sont également très vulnérables aux dommages : les tubes de Pitot, les prises statiques, les sondes d’angle d’attaque et les générateurs de tourbillons. Lorsque l’on balaie ou que l’on « tire » des contaminants des surfaces d’un aéronef, il faut prendre soin de faire des mouvements qui éloignent les contaminants des ouvertures, afin d’éviter de forcer ces contaminants à pénétrer à l’intérieur des ouvertures des ailes ou des stabilisateurs.

Balais — Le balai est sans doute l’outil de dégivrage manuel le plus communément utilisé et le plus facilement disponible. Même si on peut utiliser un balai de ménage ordinaire, on préférera un balai commercial plus large et plus robuste. Les soies du balai doivent être suffisamment robustes pour être efficaces, sans toutefois être raides au point de risquer d’endommager le revêtement de l’appareil. Le balai utilisé pour enlever la neige des aéronefs ne doit pas servir également à balayer les planchers, car on risquerait alors de déposer des corps étrangers et des produits chimiques indésirables sur les surfaces de l’aéronef.

Les balais sont très utiles pour nettoyer les fenêtres et autres zones délicates (p. ex. un radôme) où l’application d’un liquide chaud est déconseillée ou interdite.

La hauteur des aéronefs impose de prendre des précautions supplémentaires par rapport à la sécurité, surtout lorsque l’on a tendance à étirer la portée ordinaire d’un balai. Si le personnel doit utiliser une échelle ou tout autre dispositif de la sorte, il doit s’assurer que ce dispositif est bien assujetti. Il peut être dangereux de monter sur des surfaces glissantes. Des personnes tentent parfois de balayer la neige des ailes ou de l’empennage en se tenant debout sur ces surfaces. Il s’agit là d’une pratique extrêmement dangereuse où les risques d’accident par glissade et par chute sont très élevés. En outre, de nombreuses surfaces ne sont pas conçues pour supporter le poids d’une personne. On doit balayer les ailes en tirant le balai du bord d’attaque vers le bord de fuite.

Grattoirs — Le type de grattoir le plus couramment utilisé est celui qui est disponible dans le commerce pour enlever les accumulations des toits des bâtiments. Il faut toutefois protéger l’aile afin d’éviter que les poignées de ce type de grattoir n’entrent en contact avec le revêtement de l’aile. On peut notamment recouvrir la poignée d’une enveloppe de mousse. Le grattoir est normalement le plus efficace pour la neige lourde mouillée, et on doit nettoyer les ailes en tirant le grattoir du bord d’attaque vers le bord de fuite (c.-à-d. que l’on place le grattoir sur le haut de la surface à nettoyer et qu’on le tire vers soi).

On peut également se procurer dans le commerce des raclettes de différentes grandeurs qui sont tout aussi efficaces. Ces raclettes comportent normalement un côté en mousse ou autre matériau doux et une lame en caoutchouc de l’autre côté.

Cordages — L’utilisation d’un cordage est une autre méthode manuelle pour l’enlèvement de la contamination (généralement une très mince couche de givre) des ailes et des empennages horizontaux. Cette méthode nécessite deux personnes qui promènent le cordage en un mouvement de va‑et‑vient sur la partie contaminée. Lorsque la couche de givre est plus épaisse, cette méthode a tendance à simplement polir le givre sans l’enlever. Par conséquent, elle n’est pas considérée comme une méthode acceptable pour préparer un avion pour le vol. Cette méthode ne permet pas d’enlever tout le givre des surfaces critiques avant le décollage, elle ne permet pas de satisfaire aux exigences de l’article 602.11 du RAC ou de la norme 622.11, Opérations dans des conditions de givrage au sol, et par conséquent, elle ne remplit pas les conditions du « concept de l’avion propre ».

Réchauffeurs à air chaud pulsé portatifs — La chaleur produite par un réchauffeur à air chaud pulsé portatif peut enlever efficacement le givre et la glace des surfaces critiques. Ces réchauffeurs sont utilisés couramment dans les régions éloignées et nordiques du Canada où ils servent surtout à réchauffer l’intérieur des aéronefs et à préchauffer les moteurs.

L’opérateur dirige le jet d’air chaud à l’aide d’un conduit flexible vers la surface contaminée, et l’effet combiné de la chaleur et de la basse vitesse de l’air permet de faire fondre et d’évaporer les contaminants.

Cette technique a cependant pour effet de réchauffer brièvement les surfaces de voilure, ce qui peut faire coller la neige ou d’autres contaminants à ces surfaces en présence de précipitations. L’opérateur doit veiller à déplacer continuellement le jet d’air chaud pour éviter de surchauffer certains points du revêtement, car ces réchauffeurs peuvent générer suffisamment de chaleur pour endommager des boudins de dégivrage ou autres équipements si la chaleur est dirigée trop longtemps au même endroit. L’eau aura également tendance à geler de nouveau rapidement, car cette méthode n’utilise aucun liquide cryoscopique.

Pulvérisateurs manuels — Les conditions d’exploitation extrêmes nécessitent souvent des solutions spécifiques. Les opérations hivernales dans le Nord canadien posent des problèmes uniques en raison des températures et des conditions météorologiques extrêmes. Comme on l’a déjà mentionné, certains exploitants aériens transportent avec eux des liquides de type I d’un poste à l’autre pour en avoir à leur disposition. Les contenants dans lesquels on transporte le liquide ressemblent à des pulvérisateurs de pesticide pour le jardin. Le liquide dans ce cas est généralement maintenu à la température de la pièce.

Pour enlever les contaminants gelés d’un aéronef, on mélange le liquide de dégivrage avec de l’eau chaude. Le dégivrage se fait de haut en bas de l’appareil en procédant de façon symétrique. Il faut suivre toutes les consignes d’utilisation mentionnées dans le manuel de vol pour les procédures normales. Il ne faut pas oublier de dégivrer le train d’atterrissage et de demander l’aide d’autres personnes au besoin.

AVERTISSEMENT : Une couverture adéquate du liquide de dégivrage ou d’antigivrage est absolument essentielle pour assurer son plein rendement. Il est impératif que le personnel qui applique le liquide ait été correctement formé et qu’il utilise toujours la technique d’application recommandée.

La plupart des accidents d’aéronefs survenus dans des conditions de givrage au sol ont eu lieu parce que les aéronefs n’avaient pas été dégivrés avant le décollage. Les procédures de dégivrage ont pour but de donner à l’aéronef une configuration propre afin qu’aucun contaminant ne puisse causer la détérioration des caractéristiques aérodynamiques ou nuire sur le plan mécanique.

 


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