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Trafic en conflit

30 septembre 2020

‘’Tout  trafic en conflit, veuillez communiquez avec GABC sur 126,7’’

Je vous parle aujourd’hui du fameux message trafic en conflit. Inspiré par la super initiative de Bernard Lavoie à l’aéro camping Casey, où ce pilote et vétéran du rendez-vous Casey à décidé de prendre les choses en main pour conscientiser la communauté de pilotes aux messages sur 126,7. Il a eu une idée originale et humoristique pour faire passer son message. Permettez-moi donc de vous relayer celui-ci.

Sécuritaire notre message de sécurité… ou monopolisant?

Qui n’a pas déjà réagit en entendant cette sempiternelle phrase sur la fréquence en route?

En plus de nous écorcher les oreilles et les nerfs, elle monopolise une fréquence qui devrait être utilisé pour de la sécurité aérienne.

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Oui, on a connu l’époque où le ciel était moins occupé que maintenant et où nous pouvions prendre notre temps pour livrer notre message. Mais avec l’augmentation du trafic aérien, il est devenu primordial de couper notre message pour ne livrer que l’essentiel.

Comment devrait être alors le ‘’bon’’ message sur 126,7?  Court!

Secteur de Joliette, C172 GABC, 5nm à l’est, direction Trois-Rivières, 2000’, GABC.

That’s it.

Où vous êtes, qui vous êtes, et vos intentions.

Pas plus compliqué?

Non. On fait court, en moins de syllabes possibles, tout en passant notre message.

Pourquoi on laisse tomber le trafic en conflit?

Parce que, croyez-moi que si j’entends un avion dans mon secteur, à une altitude ou une direction conflictuelle, je n’ai pas besoin d’attendre son invitation de trafic en conflit, veuillez communiquer avec… Je vais communiquez, c’est certain! Qui plus est, la congestion de la fréquence en route lors des belles journées, jumelée à la répétition sans fin du trafic en conflit a de quoi faire saigner les oreilles!

Même chose pour la fréquence.

Pas besoin de dire 126,7. Si vous l’entendez, c’est que vous êtes sur la même fréquence.

Si vous monitorez 2 fréquences dans votre avion, regardez l’indicateur qui vous signale laquelle est active.

Si c’est si simple, pourquoi ce n’est pas tout le monde qui fait un message court?

Parce que l’être humain est rébarbatif aux changements et les mauvaises habitudes sont longues à perdre.

Quand j’ai quitté l’aviation en 2001, tout le monde disait trafic en conflit.

Je suis revenue en 2015, on avait laissé tomber cette portion du message, mais mon cerveau n’était pas encore au courant. Donc oui, mes premiers messages avaient le trafic en conflit, même si je savais qu’il ne fallait pas le dire. Pis chaque fois que je lâchais mon push-to-talk, je grognais de l’avoir dit à nouveau.

Mais est-ce un si gros problème?

Parlez-en à Bernard Lavoie qui, excédé de tous ces longs messages, a lancé un concours amical lors de l’aéro camping Casey au début de septembre. Je crois que tous ont remarqué ce messager à vélo se promenant entre les tentes et avions des campeurs avec son slogan : ne dites pas ‘’trafic en conflit’’ et courrez la chance de gagner une bouteille de Sortilèges!

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 Réellement, il échangeait un bout de papier sur lequel il était inscrit : Parce que je ne dis pas trafic en conflit dans mes communications radios, contre une participation au tirage! Au final, Bernard avec son bâton du pèlerin a réussi à faire passer son message et 91 personnes ont participés au tirage. Ceux qui ne le disait déjà pas dans leur message avait pour mission d’offrir le papier à un confrère pilote.

Selon ses statistiques personnelles, 60% des 91 participants lui ont avoués être écœurés d’entendre trafic en conflit, 5% n’étaient pas certains s’ils le disaient et 10% fermaient carrément leur radio, excédés des messages!

Sécurité, sécurité…   Il est évident qu’il faut faire quelque chose, et ça presse!

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Tirage du billet gagnant effectué par Michel Chartier, Président d’Aviateurs Québec en présence de Noar Cohen, Bernard Lavoie et Patrick Vergobbi.

Crédit Photo : Patrick Vergobbi

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La gagnante : Jocelyne Laberge, de Valleyfield! Ici avec son conjoint Pierre-Paul Sauvé, aussi pilote et Bernard Lavoie, instigateur du concours.

Crédit Photo : Patrick Vergobbi

Oui, c’était une manifestation humoristique pour passer le message, mais elle illustre bien l’exaspération de la communauté. On est d’accord que ce n’est pas facile changer nos habitudes. Mais après 3 messages sans le trafic en conflit, vous allez voir que ça vient beaucoup plus naturellement et dans pas long ce sera vos oreilles à vous qui serez écorché par le trafic en conflit.

La région, ville, secteur où vous êtes

Tant qu’à parler de message à améliorer, j’irais d’une petite suggestion personnelle : dites le secteur que vous êtes au début du message. Y’a rien de pire que d’arrêter ce qu’on fait pour écouter un message et réaliser à la fin de celui-ci que la personne est à 100nm de notre position!  Donc, j’inclus au début de mon message : ‘’Secteur de Joliette’’. Ainsi celui qui vole au mont Yamaska peut reporter son attention sur ce qu’il faisait.

Tant qu’à sauver des syllabes, peut-on ne pas dire notre identifiant à la fin?

Non. Normalement, votre attention sur le message va se porter plus intensément à partir du moment où celui-ci vous concerne. Donc quand vous avez entendu Joliette, vous écoutez plus. Si le pilote ne redit pas son identifiant à la fin, cela va augmenter les communications en plus de les rendre moins sécuritaires :

‘’L’avion qui vient d’appeler au-dessus de Marieville…’’ versus ‘’GABC’’.

Le choix n’est pas difficile. Sans compter que si on m’interpelle directement avec mon identifiant sur les ondes, c’est plus difficile à manquer. Donc on améliore la sécurité aérienne.

En terminant Bernard invite maintenant d’autres aviateurs à prendre le relais sur sa croisade pour améliorer nos communications radio en propageant le message aux aviateurs autour d’eux : on ne dit plus trafic en conflit.  Rappelez-vous le simple trio :  Où vous êtes, qui vous êtes, et vos intentions.

Soyons professionnel, soyons sécuritaire!

 

Par Sophie Dufresne

Avec la précieuse collaboration de Bernard Lavoie

 

 

 

 

 

Source : S. Dufresne


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